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Pour que vive le "Livre d'Or " de l'Amicale d'Aïn-el-Turck
Des Vœux…et une valise de Souvenirs
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Difficile de présenter nos vœux de bonne et heureuse Année 2012 , sans nous souvenir qu’il y a 50 Ans, le vent de l’Histoire… celle qui s’écrit avec un grand H…nous a rendus à jamais orphelin de la terre où nous sommes nés.
Non !
…nous ne pourrons jamais oublier le parfum des lauriers roses qui embaumaient la place du village, les soirs d’été.
… nous ne pourrons plus jamais nous asseoir en groupe, avec parents et amis, devant le seuil de nos maisons et écouter nos anciens nous raconter des histoires venues du sud de l’Espagne ou du Nord de l’Italie…
…nous ne pourrons plus jamais encore, goûter à ce plaisir simple de « Prendre le Frais » en prêtant l’oreille aux contes que mon cousin « Jojo Botella » nous racontait avec beaucoup d’humour et qu’il savait arrêter au bon moment, de telle manière qu’il était à peu près certain, de nous retrouver le lendemain soir, assis à la même place, afin d’en écouter la suite.
Shéhérazade elle-même, n’aurait pas mieux fait !
Non !
… nous ne pourrons plus jamais nous amuser à compter le nombre de tours rapides que faisait le rayon lumineux du phare du Cap Falcon pour se signaler aux navires côtiers (il me semble qu’il y en avait cinq), avant de s’en aller faire « le grand tour du ciel » afin que les bateaux plus lointains puissent l’apercevoir et poursuivre leur route maritime…en toute sécurité.
On pourrait longuement poursuivre la liste de tous ces petits tableaux de la vie du village en reparlant des séances de rasage chez le coiffeur où les hommes aimaient à se retrouver pour échanger les dernières nouvelles ou encore des promenades que nous faisions devant les beaux cafés où la clientèle était surtout composée de touristes et de baigneurs venus d’Oran.
Ah !...comment voulez-vous que nous puissions oublier toutes ces petites histoires…comme celle de mon grand-père Vincent Mengual qui, un beau matin de l’année 1910, décida de quitter Aïn el Turck avec toute sa famille (quatre filles et un garçon) pour courir une nouvelle aventure au Brésil. L’immigration vers ce pays était alors très forte car les nouveaux arrivants, bénéficiaient de grandes propriétés agricoles.
Tout se passa bien pour lui durant les quatre premières années de son séjour. La culture du coton du tabac et du café lui assurait un revenu substantiel qui lui permettait d’envisager un avenir florissant.
L’ennui (si l’on peut dire !) c’est que parmi ses quatre filles, ma tante Thérèse qui était la deuxième de la lignée, était la seule à savoir lire et écrire. C’est elle qui entretenait une correspondance assez régulière avec le reste de la famille restée à Aïn el Turck. Par la même occasion, elle écrivait, secrètement, quelques billets doux à un beau garçon du village qui s’appelait Sauveur Vasquez (alias Salvoret) qui devint quelques années plus tard son époux .Son cœur était donc resté au village…
Comme, par ailleurs, elle avait une grande influence sur sa mère, elle lui fit admettre que la culture du coton qui représentait plus de la moitié de leur production, était trop pénible pour des filles et que finalement, la vie leur était bien plus douce sur les bords de la Méditerranée.
Lorsqu’il fut informé de leur souhait, mon grand père pris la chose de forte méchante manière. Toutefois, il comprit très vite qu’il ne viendrait jamais à bout de la ténacité de ses cinq femmes qui se montraient chaque jour, plus déterminées dans leur désir de retourner vivre au village.
Las de voir que ses enfants et son épouse n’étaient finalement, pas heureux dans ce pays de cocagne, il finit un jour, par leur dire ceci :
« - Ecoutez moi bien…
Demain matin je vais me rendre au marché de San Paulo (Sao Paulo) par l’autobus de 8 heures.
Je dois aller chez les producteurs de coton afin de négocier avec eux, un nouveau contrat pour les années à venir.
Si, par malchance, je n’arrive pas à vendre mon coton à un prix raisonnable, et à conclure un bon accord pour les futures récoltes, je prendrai très certainement, une grave décision.
Alors, surveillez bien le retour de l’autobus de Sao Paulo qui arrive vers 18 heures.
Si vous me voyez en descendre avec une valise à la main, alors… ce sera le signe que nous repartons dans notre pays !... ».
Je vous laisse facilement imaginer la suite de l’histoire et la joie quasi-générale qui envahit la maison familiale. Je crois cependant que, seule ma mère quitta le pays à regret car elle
trouva que les garçons et les filles, issus pour la plupart de métissage, avaient une couleur de peau « café au lait » qui mettait encore plus en évidence leur gentillesse et leur politesse.
Elle avait aussi beaucoup aimé leurs goûts culinaires, leur musique, leurs chansons et les rythmes de leurs danses qui les rendaient si joyeux et si attachants.
Ah !...il m’est arrivé de rêver au pays du café et du Foot et de me dire que le destin aurait pu me faire naître… danseur de Samba, joueur de football ou enfant de favelas !
Mais finalement, je suis très heureux d’être né autour de la petite place Kléber de la Marine Oranaise qui, pour moi, vaut bien plus que …le fameux « pain de sucre de Rio » !!
Alors … on comprend un peu mieux pourquoi, dans la Saga des Pieds-noirs, il y a souvent des histoires de valise, de bateaux et de ports …qui hantent nos mémoires !
Nul doute que cette année 2012 sera pour nous tous celle du souvenir, celle de la douleur que nous ressentons encore, au plus profond de Nous-même, lorsque nous pensons et que nous parlons de l’endroit où nous sommes nés.
Nos pensées et notre reconnaissance vont vers toutes celles et tous ceux qui au péril et parfois même au prix de leur vie, ont su résister et se sont battus pour que leurs enfants puissent rester attachés aux valeurs de la France…
Voilà sans doute pourquoi …en ce début de l’été 62…nous avons pris encore une fois notre valise … pour un long voyage qui dure depuis 50 ans… déjà !
Permettez moi enfin et malgré tout, de vous souhaitez la plus douce et la plus paisible des Années 2012 qu’il soit… en espérant que vous vous porterez bien…jusqu’à nos vœux de l’an prochain.
René Montaner-Mengual
Ps : merci d’avance à toutes celles et tous ceux qui, en répondant à l’appel du Président de l’Amicale : Robert Costa, écriront quelques lignes sur le livre d’Or…afin de maintenir toujours vivant, ce lien fraternel qui nous rassemble et nous unit.
Ce geste sera aussi, le témoignage de notre reconnaissance et de notre hommage à l’enfant d’Aïn el Turck : le regretté Jésus Blas, qui fut le concepteur et le créateur de ce site.
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LIVRE D OR
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LE SITE
http://www.ainelturck.fr/index.html
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